jeudi 6 décembre 2007

"l'amour est un feu de paille, car la plupart des mecs en sont faits"

Cassandre est une autre de mes héroïnes ordinaires. Si je parle d'elle au passé, ce n'est pas qu'elle a disparu de la surface de ce monde, mais parce que nous nous sommes perdus de vue il y a à peu près trois ans, alors qu'elle était serveuse dans un bar branchouille pour payer ses études de psycho. Je n'avais à l'époque ni l'aplomb ni le caractère pour supporter l'assurance qui était la sienne, mais j'admirais justement sa fougue dévastatrice. Aujourd'hui je serais bien curieux de la revoir pour savoir si elle s'est assagie ou si de mon côté j'ai pris assez de bouteille en matière de rapports humains pour me mettre au niveau de ce gentil démon à l'aura brûlante.

Elle revenait volontiers sur ses relations personnelles, racontant comment elle se voyait initialement dans un mode de drague "classique", puis comment elle était devenue pyromane des coeurs brisés par la force des choses. Comme tout le monde, elle s'est pris quelques claques amoureuses, mais une dernière plus violente que les autres lui fit prendre ce tournant particulier qui la ferait passer aux yeux des autres pour une singulière dévoreuse d'hommes.

Il faut dire qu'elle avait son caractère, et lorsqu'elle débutait une nouvelle relation, elle faisait subir à sa victime choisie une véritable épreuve du feu. En gros, le concept était de sortir l'artillerie lourde dès le départ, monter son niveau d'exigence au maximum pour voir ce que ses prétendants avaient dans les tripes tout de suite, histoire de ne pas perdre son temps et de passer au suivant dès que l'amoureux capitulait. C'était elle qui devait systématiquement aller vers les mecs, malgré ses atouts évidents, car il suffisait de poser les yeux sur elle pour comprendre qu'il en fallait dans le caleçon pour en sortir entier. Les survivants étaient d'ailleurs rares.

Elle a inventé la drague par sélection naturelle, le darwinisme appliqué aux relations amoureuses. Cette technique de prédation implacable pouvait paraître à un observateur extérieur comme diaboliquement cruelle, mais Cassandre savait se montrer au contraire clémente : aux premiers signes de faiblesse, elle pouvait encore faire redoubler ses flammes pour achever rapidement la proie en souffrance, et se repaître de ses restes carbonisés. Il est vrai qu'elle ne tenait pas là une méthode très rentable, mais il faut reconnaître qu'elle la préservait des cons en tous genres. La calcination était son moyen de survie.

A ceux qui disaient qu'elle se trompait peut être de façon de faire, elle répondait que c'étaient les garçons qu'elle rencontrait qui n'utilisaient pas la bonne approche. A son âme ardente, ils s'offraient en combustible. Et vu la haute température dont elle disposait, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il n'en reste plus rien. Elle ne voulait pas d'un homme de paille ni d'un mannequin en bois, elle voulait quelqu'un en fer forgé qui saurait lui résister ou insaisissable et tempéré comme une filet d'eau pour contrôler et contourner ses ardeurs.

Peut être s'est elle adoucie depuis, mais j'espère qu'elle n'a pas non plus fait trop de concessions et qu'elle a plutôt trouvé son mec en acier trempé.

7 commentaires:

Enguerrand a dit…

Il y a de la mante religieuse dans cette demoiselle.
Cependant, le risque au final, n'est-il pas de finir toute seule?
Mais je suis persuadé qu'elle a dû trouver un homme solide quelque part...
:)






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Dr Borg a dit…

Mais voyons, enguerrand, tu sais très bien que les gens esseulés se trouvent toujours une bonne raison pour rester seuls « plutôt que mal accompagnés ». C’est une question de survie pour l’ego.

Le pire qu’un être humain doit affronter n’est pas la solitude. Ca il peut s’en contenter, c’est une souffrance relativement sourde et maîtrisable. Ce qui fait vraiment mal, c’est l’absence, le manque, le vide de ce qu’on a déjà eu.

Vraisemblablement, ce qui pend au nez de ce genre de prédateurs, ce n’est pas tant la solitude, mais la réalisation de leurs vœux. Ceux qui se surprotègent, par un blindage inaltérable ou par l’initiative agressive, ne font qu’afficher aux grands jours les mêmes faiblesses qu’ils voudraient justement abriter. Pour un œil expert, ça ne passe pas inaperçu. Et malheureusement un œil expert est rarement bienveillant...

Pour filer la métaphore entomologique, s’il existe un darwinisme affectif, il s’applique aux dépend de ceux qui le pratiquent, car il y aura toujours un insecte mieux adapté, mieux armé ou plus intelligent, qui laissera la mante se vider de son énergie, plus seule encore qu’il ne l’a trouvée, et à la merci du premier cafard venu.

C’est une stratégie perdante, une impasse illusoire, un appel suicidaire aux certitudes infondées et aux promesses viciées, le doux poison des suceurs d’ego.

Teepee a dit…

Oh ca fait longtemps que j'étais pas viendu mais c'est toujours aussi bien ! zou je 'en vais donc rattrapper tout ca !

-Nico- a dit…

enguerrand > il parait qu'il en existe :)

Borg > malheureux...

teepee > :)

Borgbis a dit…

-nico- > ce n'est pas parce que j'ai pour une fois un truc à raconter que je suis malheureux, voyons... :-))

spicynico a dit…

L'acier trempé, mieux vaut le sécher vite parce que sinon ça rouille.

chondre a dit…

Il y a un peu de Cassandre en toi, hein mon sucre d'orge? :)))